L’année 2025 aura été une période particulièrement difficile et riche en événements pour la France. Au-delà des chiffres économiques, la vie politique a été marquée par une instabilité importante qui a pesé sur le climat des affaires, la confiance des entreprises et les décisions stratégiques des DAF, et DAF À temps partagé. Entre incertitude institutionnelle, croissance modérée, pression sur la trésorerie des entreprises et ajustement des pratiques financières, cette année s’impose comme une période charnière pour les acteurs économiques français.
Sommaire
1. Instabilité politique :
une année balisée par les crises gouvernementales et sociales
L’un des faits marquants de 2025 en France concerne l’instabilité politique qui a assombri le paysage institutionnel. Cette instabilité n’est pas un simple bruit de fond : elle a directement affecté la confiance des entreprises, les anticipations budgétaires et les décisions d’investissement.
Cette instabilité institutionnelle a alimenté un climat d’incertitude politique, qui s’est manifesté à la fois dans les perspectives budgétaires et dans la confiance des chefs d’entreprise. L’Assemblée nationale est restée profondément fragmentée, ce qui a rendu tout compromis budgétaire ou réforme structurelle difficile à conduire. De nombreux observateurs économiques ont souligné que cette instabilité politique est devenue l’un des freins principaux à la croissance économique en 2025.
Une expression sociale et fiscale cristallisée autour de la taxe Zucman
Au-delà des crises gouvernementales, l’année 2025 a également été marquée par une forte polarisation du débat social autour des questions fiscales, en particulier autour de la proposition dite de taxe Zucman. Cette mesure, portée par une partie de la gauche parlementaire, visait à instaurer un impôt plancher de 2 % sur le patrimoine des ménages disposant de plus de 100 millions d’euros, avec l’objectif affiché de renforcer la justice fiscale et de contribuer au redressement des finances publiques.
Le débat s’est intensifié tout au long de l’année, notamment lors de l’examen des textes budgétaires pour 2026. Adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale, puis rejetée par le Sénat, la proposition est devenue un point de cristallisation politique majeur, certains groupes parlementaires conditionnant leur soutien au gouvernement à l’adoption de cette mesure. Cette séquence a nourri un climat de confrontation sociale et idéologique, révélateur de fractures profondes sur la répartition de l’effort fiscal et sur le rôle des grandes fortunes dans le financement de l’économie nationale.
Pour les acteurs économiques, et en particulier pour les dirigeants d’entreprise ainsi que les responsables financiers, ce débat a contribué à renforcer le sentiment d’incertitude normative. Les discussions autour de la taxe Zucman ont ravivé les craintes liées à la stabilité du cadre fiscal français, à l’attractivité du territoire pour les investisseurs et à la prévisibilité des règles du jeu économique. Sans produire de mobilisation sociale massive comparable à des mouvements syndicaux traditionnels, cette controverse a néanmoins pesé durablement sur le climat des affaires en 2025, en alimentant une perception de risque politique et fiscal accrue dans les décisions d’investissement et de structuration patrimoniale.
2. Croissance économique :
prévention, ralentissement et prévisions prudentes
Croissance modérée en 2025
Sur le plan macroéconomique, la France a connu une croissance modérée en 2025, bien en deçà de ses performances historiques. Selon les projections de l’OCDE et de la Commission européenne, la croissance du PIB français est estimée autour de 0,7 % en 2025, contre environ 1,2 % en 2024, marquant une décélération significative.
Cette croissance modérée s’explique par plusieurs facteurs :
- une demande intérieure fragile, pénalisée par la montée de l’incertitude politique et une demande de consommateur prudente ;
- un climat d’investissement ralenti par les risques budgétaires et la volatilité institutionnelle ;
- une certaine retenue sur les investissements productifs, même si certains secteurs (notamment la technologie et la défense) ont montré des signes de dynamique.
Projections à court terme
Les projections macroéconomiques suggèrent que l’économie française devrait légèrement rebondir au cours des prochaines années, mais dans un contexte qui reste fragile. Selon les prévisions de la Banque de France, la croissance devrait s’établir à environ 1 % en 2026, portée par un léger rebond de la consommation et un renforcement des investissements des entreprises.
Le FMI (Fonds monétaire international) anticipe également une reprise modérée, avec une croissance autour de 1 % en 2026, mais souligne que cette reprise sera conditionnée à une amélioration de la confiance des ménages et des entreprises, ainsi qu’à une réduction de l’incertitude politique.
Inflation, chômage et consommation
L’inflation en France est restée relativement basse en 2025, en partie grâce à une baisse des prix de l’énergie et à des mesures de stabilisation des prix réglementés. Toutefois, cette faible inflation ne s’est pas traduite par une forte relance de la consommation, qui est restée contenue par une confiance des ménages faible et une prudence accrue des dépenses de consommation.
Sur le marché du travail, la situation a été contrastée : le taux de chômage est resté élevé, oscillant autour de 7,5 %, avec une légère pression à la hausse à mesure que l’activité économique ralentissait.
3. Entreprises françaises :
défis structurels, secteurs en tension et opportunités
Économie productive : activité sous contrainte et pression concurrentielle accrue
En 2025, les PME françaises ont évolué dans un environnement marqué par une activité globalement atone et une pression concurrentielle renforcée, en particulier dans les secteurs exposés aux échanges internationaux. Les indicateurs de conjoncture, notamment les PMI, ont fréquemment oscillé autour du seuil de stagnation, traduisant une croissance fragile, souvent insuffisante pour absorber la hausse des coûts.
Pour de nombreuses PME industrielles ou de services, cette situation s’est traduite par une compression progressive des marges. La hausse des coûts d’approvisionnement, de l’énergie, du transport ou encore de certains intrants importés n’a pas toujours pu être répercutée intégralement dans les prix de vente, en raison d’une demande plus sensible aux prix et d’une concurrence accrue, y compris de la part d’acteurs étrangers. Dans ce contexte, les dirigeants ont souvent été contraints d’arbitrer entre maintien des volumes, préservation de la marge et sécurisation de la trésorerie.
Les secteurs historiquement structurants comme l’automobile, la métallurgie, l’électronique ou certains segments du BTP ont été particulièrement exposés. Les PME sous-traitantes ont subi de plein fouet les ajustements de cadence des grands donneurs d’ordre, avec des variations de charge brutales, une visibilité réduite sur les carnets de commandes et une dépendance accrue à quelques clients clés.
Transport et aérien : effets indirects sur les PME
Si les grands groupes du transport aérien ont montré une certaine résilience en 2025, les effets pour les PME ont été plus contrastés. Les entreprises positionnées en sous-traitance, en maintenance, en services aéroportuaires ou en logistique ont bénéficié d’un niveau d’activité globalement soutenu, mais souvent au prix de conditions commerciales plus tendues.
Pour ces PME, la problématique n’a pas été tant la croissance du chiffre d’affaires que sa qualité : allongement des délais de paiement, renégociation des contrats, pression sur les prix et hausse des besoins en fonds de roulement. Cette situation a renforcé l’importance du pilotage du cash et de la trésorerie, devenus des enjeux centraux pour la survie et la stabilité financière.
Tourisme et services : une dynamique favorable mais hétérogène
Le secteur du tourisme a constitué l’un des principaux moteurs d’activité en 2025, bénéficiant largement aux PME locales : hôtellerie indépendante, restauration, loisirs, services aux visiteurs, transport régional. La hausse du nombre de visiteurs internationaux et la bonne tenue du tourisme domestique ont généré des poches de croissance significatives, notamment dans les zones touristiques et les grandes métropoles.
Pour autant, cette dynamique positive n’a pas été sans contreparties. De nombreuses PME du tourisme ont dû faire face à une hausse des coûts salariaux, à des difficultés de recrutement et à des tensions sur l’immobilier professionnel et résidentiel. La croissance de l’activité s’est donc accompagnée d’une complexité accrue dans la gestion opérationnelle et financière, obligeant les dirigeants à professionnaliser davantage leur pilotage.
Investissement, innovation et attractivité : prudence et sélectivité
En 2025, l’investissement des PME françaises est resté sélectif et prudent. L’incertitude politique et budgétaire a conduit de nombreux dirigeants à reporter ou redimensionner certains projets structurants, privilégiant des investissements à retour rapide, orientés vers la productivité, l’automatisation ou la réduction des coûts.
L’innovation est restée présente, mais souvent ciblée. Les PME les plus dynamiques ont continué à investir dans le numérique, l’intelligence artificielle, les outils de gestion et l’optimisation des processus, non pas dans une logique d’expansion agressive, mais comme un levier de résilience et de compétitivité. L’écosystème tech français a continué à rayonner, mais l’accès au financement est resté plus exigeant pour les PME, avec des investisseurs plus sélectifs et des critères de rentabilité renforcés.
Dans ce contexte, l’attractivité de la France pour les investisseurs étrangers a surtout bénéficié aux projets structurants ou innovants, tandis que les PME ont dû compter davantage sur leurs ressources propres, leur capacité d’autofinancement et leur solidité financière pour poursuivre leur développement.
4. Climat des affaires et perspectives pour les investisseurs
Business Climate en France
D’après l’enquête Business Climate Survey France 2025, malgré une légère baisse de la rentabilité pour certaines entreprises, la confiance globale du climat des affaires reste relativement solide, avec un pourcentage important d’entreprises internationales prévoyant de maintenir ou d’augmenter leurs investissements en France. Cette dynamique souligne que le pays reste attractif pour certains capitaux internationaux, malgré le contexte politique et économique complexe.
Retards de paiement et trésorerie des entreprises
En 2025, l’allongement des délais de paiement s’est confirmé comme un facteur de fragilisation majeur pour les PME et les ETI. Les retards clients ont pesé directement sur la trésorerie, dans un contexte de croissance modérée et de visibilité réduite, transformant le besoin en fonds de roulement en véritable point de tension pour de nombreuses entreprises.
Face à ce constat, les entreprises les plus solides ont renforcé leur discipline de gestion du poste clients : facturation plus rapide, suivi systématique des encaissements et priorisation des relances sur les clients à risque. Le pilotage du DSO (délai moyen de paiement clients) et la concentration du chiffre d’affaires sur quelques donneurs d’ordre sont devenus des indicateurs clés de décision.
Pour absorber ces délais structurellement plus longs, certaines PME ont intégré des outils de trésorerie (affacturage, lignes court terme, renégociation fournisseurs) non plus comme des solutions d’urgence, mais comme des leviers de pilotage. Dans ce contexte, le rôle du directeur financier a été central pour sécuriser le cash, arbitrer entre croissance et risque client, et éviter que les retards de paiement ne deviennent un frein durable à l’activité.
5. Impacts sur les DAF et DAF À temps partagé
L’année 2025 a transformé la manière dont la finance d’entreprise est pilotée en France. Les dirigeants financiers ont dû naviguer dans un environnement marqué par l’incertitude politique, la pression sur la trésorerie et une croissance molle.
Un rôle stratégique renforcé
Pour les DAF, 2025 a signifié une montée en responsabilité stratégique. Leur rôle ne se limite plus à la conformité comptable ou à la gestion budgétaire : ils doivent désormais intégrer des scénarios macroéconomiques instables, des projections budgétaires revues fréquemment et des risques de volatilité politique dans leurs décisions quotidiennes. Plus que jamais, la fonction financière devient un levier d’anticipation des risques et d’adaptation rapide.
Agilité et flexibilité : le rôle des DAF À temps partagé
Le modèle de DAF à temps partagé s’est imposé comme une réponse adaptée pour de nombreuses PME et ETI. Dans un environnement où les contraintes budgétaires et la pression sur les coûts obligent à une gestion plus souple et orientée résultat, ces profils permettent :
- d’apporter une expertise stratégique pointue sans coûts fixes trop élevés ;
- de structurer des solutions de trésorerie plus flexibles ;
- d’optimiser les arbitrages entre croissance, innovation et prudence financière ;
- d’adapter rapidement les prévisions et les budgets aux signaux macro et politiques.
Ce modèle a particulièrement séduit les entreprises en phase de transformation ou confrontées à des défis sectoriels, car il permet de combiner rigueur financière et agilité opérationnelle.
Directeur financier et transformation numérique
En réponse à la volatilité, les DAF ont accéléré la transformation numérique des fonctions financières, en adoptant des outils d’automatisation, des plateformes d’analyse avancée, et des systèmes de pilotage en temps réel qui améliorent la visibilité des performances et des risques. Ces investissements technologiques se sont inscrits dans une logique de performance durable, au-delà du court terme.
Conclusion :
Une année de transition structurante
L’année 2025 en France aura été une année de transition structurante : instabilité politique, croissance économique modérée, pression sur la trésorerie des entreprises, et transformations profondes des pratiques financières. Les directeurs financier ont joué un rôle central dans l’adaptation des entreprises à ces défis, en combinant rigueur, prévoyance et innovation.
Ce bilan montre que la France, malgré un contexte global incertain, reste une économie dynamique, capable d’attirer des investissements, de générer de l’innovation et de maintenir une certaine confiance dans le tissu entrepreneurial.
Pour 2026, l’enjeu principal sera de stabiliser le cadre politique et économique afin de renforcer la croissance, faciliter l’investissement productif et donner aux finance leaders des bases de décision plus solides.